lundi, 21 janvier 2008

Appel pour le livre

Internet, le livre et la circulation des idées

Pétition

Internet est une chance formidable pour le livre : ce médium permet à l’ensemble des lecteurs de percevoir une production qui était jusque-là, parfois, difficile d’accès. Internet permet de découvrir de nouveaux auteurs, de nouveaux textes, de nouveaux éditeurs, et d’enrichir considérablement l’accès à la culture pour tous.

Pour autant, depuis moins d’un an, la mise en place d’un vaste monopole sur la vente en ligne de livres sur l’Internet, avec Amazon.fr, menace de manière profonde la diversité culturelle que nous sommes en mesure d’attendre de l’Internet. La politique commerciale très agressive de ce groupe, qui demande des marges commerciales extrêmement élevées aux plus petits éditeurs, les fragilisant de manière excessive, afin de financer leur politique de frais de port offerts, menace de manière profonde la promesse d’une plus grande accessibilité au livre pour tous, sur l’Internet.

Amazon exclut désormais, de manière systématique, la présentation de livres dont les éditeurs refusent de se soumettre à leurs conditions commerciales. La politique des frais de port offerts par Amazon est rendue possible par la demande de surremises aux éditeurs, non par une plus grande efficacité économique, contrairement à ce qu’il est souvent affirmé. La gratuité des frais de port est une illusion, puisque ce dispositif est « financé » par les éditeurs, à qui il est demandé une remise plus importante.

Amazon.fr a été condamné en décembre 2007 pour le non-respect de la loi Lang, autrement appelée Loi sur le prix unique du livre, une loi considérée comme « la première loi de développement durable », qui garantit un prix de vente des livres souvent inférieur à celui pratiqué dans des pays qui ne disposent pas d’un tel dispositif, et permet à l’ensemble des acteurs du livre de recevoir une juste rétribution.

Amazon a décidé de ne pas respecter le jugement, de manière volontaire, et de stigmatiser de manière très violente, à travers un forum et une pétition, les librairies françaises. Contrairement à ce qu’il est parfois affirmé, les gens du livre, notamment les libraires, n’ont pas peur de la révolution numérique. Ils ont simplement besoin que soient respectés les principes essentiels liés au commerce du livre, qui sont ceux d’une concurrence saine basée sur le savoir-faire de chacun d’entre eux, afin d’assurer à tous un plus grand accès à la culture.

Nous, simples lecteurs comme professionnels, demandons donc aux hommes politiques de réagir, et de renforcer les dispositions de la loi sur le prix unique du livre et de l’adapter à l’univers du numérique, afin qu’elle ne soit plus contournée de manière systématique par les grands sites Internet de vente en ligne dont certains, placés en situation d’abus de position dominante, concourent de manière importante à fragiliser le socle sur lequel peuvent s’appuyer les auteurs, pour diffuser la création et les idées.

Nous demandons également aux pouvoirs publics de faire respecter une décision de justice qui vient justement de condamner un site Internet de vente de livres.

Vous pouvez signer le texte de cette lettre ouverte sur le site suivant :

http://www.lekti-ecriture.com/contrefeux/Appel-pour-le-li... 

 

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Illustration : Nate Steiner, licence Creative Commons.

mardi, 11 décembre 2007

Guillevic (un petit dernier)

L'eau que tu bois
A connu la mer.

Du domaine, Poésie/Gallimard

lundi, 10 décembre 2007

Guillevic (encore)

Ce qui n'est pas dans la pierre
Ce qui n'est pas dans le mur de pierre et de terre,
Même pas dans les arbres,
Ce qui tremble toujours un peu,

Alors, c'est dans nous.

Sphère, Poésie/Gallimard

dimanche, 09 décembre 2007

Eugène Guillevic

Il faudrait accepter

Pas la mort,
Mais la mienne.

Sphère,Poésie/Gallimard

samedi, 08 décembre 2007

Paul Claudel

Que demande-t-on d'une fleur
Sinon qu'elle soit belle et odorante une minute, pauvre fleur, et après ce sera fini.
La fleur est courte, mais la joie qu'elle a donnée une minute
N'est pas de ces choses qui ont commencement ou fin.

Paul Claudel - L'Annonce faite à Marie

vendredi, 07 décembre 2007

Nicolas Bouvier

C'est grâce à Holan, autant qu'à Michaux, que j'ai compris que certaines visites que la vie nous rend sont si mystérieuses qu'elles doivent prendre la forme d'un poème, que la prose la plus éclatante ne rendrait justice ni à leur transparence ni à leur opacité qui sont forcément voisines puisque nous ne comprenons pas la transparence mais pouvons seulement la flairer comme un limier flaire un gibier dont il sait qu'il n'est pas pour lui. Ce sont eux qui m'ont, sur le tard, conduit à écrire des poèmes, non par ambition littéraire, mais pour survivre et mieux vivre, sachant, à travers eux, que la poésie est le seul antidote contre la solitude et la mort.

 

Nicolas Bouvier, La chambre rouge et autre texte, Métropolis, 1998.

dimanche, 14 octobre 2007

Clin d'oeil

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C'était au Chambon sur Lignon à la fin du mois d'aout. Nous étions 12 dans ce stage avec  Françoise Lervy. Nous avons lu Mahmoud Darwich en cloture des "Lectures sous l'arbre".

Merci à toutes et à tous pour ce grand moment.

samedi, 13 octobre 2007

Mahmoud Darwich (7)

La mer arpente les rues. La mer pend aux fenêtres et aux branches des arbres desséchés. La mer tombe du ciel et entre dans la chambre. Bleu, blanc, écume, vague. Je n'aime pas la mer, je ne veux pas de la mer parce que je ne vois ni rivage, ni colombe. Je ne vois dans la mer que la mer. Je ne vois pas de rivage. Je ne vois pas de colombe.

 

Mahmoud Darwich

Une mémoire pour l'oubli – Actes Sud.

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Le dernier livre de Mahmoud Darwich : "Comme des fleurs d'amandiers ou plus loin" (Actes Sud - septembre 2007)

vendredi, 12 octobre 2007

Mahmoud Darwich (6)

Ici je ne suis pas mort. Ici je ne suis pas mort. Dix ans que je vis ici ! Cela ne m'est arrivé nulle part ailleurs. Nulle part je ne me suis habitué à l'odeur des étals de légumes, aux cris des vendeurs, au vacarme martial du bar, aux problèmes d'eau et d'ascenseur comme ici. Ici je ne suis pas mort. Une multitude de balcons ouverte sur une multitude de balcons, printemps, été, automne et une bonne partie de l'hiver, pour échanger les confidences, les commérages, les hurlements de la télévision, les odeurs d'ail et de viande grillée, les grincements des sommiers à l'heure de la sieste ou durant la nuit. Une petite rue, une petite rue appelée "rue Lamort". Mais ici je ne suis pas mort.

 

Mahmoud Darwich

Une mémoire pour l'oubli – Actes Sud.

 

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mercredi, 10 octobre 2007

Mahmoud Darwich (4)

À l'automne la mer n'est plus la mer mais un tapis d'eau, et la lumière est une lance de roseau.

À l'automne se taisent les cloches de la mer et résonnent les cloches du sang.

À l'automne flétrit la colombe.

À l'automne le cœur se change en pomme mûre.

À l'automne se brise la mémoire et le vin jaillit de l'oubli.

 

Mahmoud Darwich

Une mémoire pour l'oubli – Actes Sud.

 

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