jeudi, 01 mai 2008

Intime

Bleu à la terre

quand nos regards accrochent

les grands yeux de l'hiver

plus coupants que la neige.

 

Impossible lumière

ne laissant que la béance des choses

quand l'amour s'envole

avec la cruauté de l'oiseau

et la transparence du fleuve

immobile;

quand les lèvres relâchent

des mots évaporés

sous le couchant du ciel;

quand la langue du temps

étale ses rides baveuses

sur le squelette du sable.

 

Silence.

 

Silence tendu

au bout du fil.

 

mercredi, 16 avril 2008

Dans les yeux de l'homme

Dans les yeux de l'homme

quelque chose bourdonne

tempête et claque

au vent des saisons molles.

 

Dans les yeux de l'homme

l'énigme d'un bateau ivre

et sa coque de noyé

pauvre esquisse d'un sourire rouillé.

 

Dans les yeux de l'homme

un éclat

les racines d'un souffle

et l'effervescence de bulles comprimées.

 

Dans les yeux de l'homme

la peur se resserre

au hasard d'une parole froissée

minces brisures à peine immergées.

 

Porte ouverte

sur les remous d'un enfantement

où la mélancolie s'égare.

 

Dans les yeux de l'homme.

 

dimanche, 13 avril 2008

Les yeux fermés

Dans la mer

sur un toit blanc

les yeux fermés

    je marche

        du soleil

        entre les dents

au commencement

d'un voyage

je marche

    les yeux fermés

la nuit étend

ses étoiles

à pleines brassées

    je marche

        dans l'épaisseur

        de mon enfance

les yeux fermés

    je marche

        les yeux fermés.

 

vendredi, 11 avril 2008

Page blanche

Il y a mon silence.

 

J'y trempe mes lèvres.

 

Il y a le bruit de mes pas

sur les vagues.

 

Il y a le vent

emportant sur mon visage

la fragilité de la lumière

et le tremblement du sable.

 

Il y a les mots

dans leur coquille

je les entends

qui se tortillent sous la plage.

 

 

mercredi, 09 avril 2008

Matin d'avril

La porte souffle sous le vent

voilà le bleu qui s'habille

d'un matin pluvieux.

 

Le rêve d'un bateau divague

entre les bras repliés de la nuit.

 

La fenêtre reproduit le jour

par habitude de lumière.

 

La tiédeur du bol réchauffe

une bouche assoiffée

de soleil rouge.

 

Les heures à venir

seront grises et patientes

entre les pages du livre.

  

mardi, 08 avril 2008

Exposé

Sous la peau de l'enfance

le temps garde les yeux ouverts.

 

samedi, 05 avril 2008

L'arbre

L'arbre coupé ne reconnaît plus le ciel.

À la terre il offre la blessure

de ses yeux.

 

mardi, 11 mars 2008

Lucille

Traverser la France un samedi

au pas de l'oie

derrière de longues files

immobiles

et

 

découvrir une petite vie dans un berceau

avec odeur de nouveau né

un œil qui s'ouvre à peine

des petits doigts qui nous cramponnent

 

et les parents

l'amour à fleur de peau

heureux et fatigués

guettant le moindre cri

une grimace (un sourire)

un soupir, un éternuement.

 

Notre fatigue n'a plus de poids

une fois encore

on passe de l'autre côté

de soie

on plonge dans la douceur

d'être.

 

Même si -on le sait bien-

notre temps continue de s'écouler

avec son bruit de robinet

mal fermé

ça donne envie d'engranger

les semaines et les années

la voir grandir et s'épanouir

comme fleur d'amandier en février

cette Lucille

aux mille reflets.

 

lundi, 03 mars 2008

Made in passion

20 grammes seulement

mais pour aller

loin des yeux

sur papier cœur.

 

Lèvres rouges

prioritaires

à découper

suivant pointillés

à coller près de moustaches

nez, bouche mélangés.

 

Et le facteur attendu

devant le miroir

impatient.

jeudi, 28 février 2008

Suspens

Dans l'éclat de sa coquille

hivernale

elle

 

attend

                le cri suspendu

                à un fil

                comme le lacet défait

                d'une chaussure folle

                au saut du lit

               

                attend

le cri d'un téléphone

perdu

dans les miaulements secs

du vent

 

                               attend

                la déchirure

                d'une aiguille froide et

               

                le cri endormi

                dans l'enchevêtrement

                des cils

               

attend

des

pas pour longtemps.

 

 

© G.A.

Toutes les notes