dimanche, 06 avril 2008

Drôle de cirque


Au milieu de la foule endimanchée de cette rue piéconne, on ne voit que lui. Il dépasse tout le monde d'une tête à queue. C'est surtout le chapeau que l'on remarque : un beau chapiteau en feutre marron, beaucoup trop petit pour sa tête mais qui reste bien planqué sur ses chevaux blancs.


De temps en temps, il s'arrête; quelques personnes le heurtent mais s'écartèlent rapidement, impressionnées par cette perche en haillons, presque un épouvantail; mais un épourail qui serait capable de faire chanter les oiseaux; car, derrière son visage envahi de barbe fleurie, on devine un immense sourire.

 

À se demander si ce n'est pas justement ce soupir qui retient son chapeau.

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lundi, 11 février 2008

Lui/Elle

Lui, avec des jumelles, regarde les bateaux

ou les oiseaux.

Elle, derrière lui, mains sur les hanches

cambrée

offrant sa poitrine, son ventre et son visage

au vent

en attendant

de remonter dans la voiture

regarde ailleurs.

 

Elle a froid.

 

 © G.A.

samedi, 10 novembre 2007

Non

Il ne sert à rien de dire

combien d’ombre avant la nuit

vendredi, 09 novembre 2007

Toujours

Attendre et attendre encore

dans le grand calme du soir

 

Toujours l’homme est seul

avec le ciel au dessus

(du moins le croit-il) 

mercredi, 03 octobre 2007

Sacré Coeur

b6052c4fc1bb0e07af99cb5b246d0c27.jpgTous les matins quand je me réveille, il est là en face de moi, toujours le même tableau, accroché un peu de travers. Je n’ose pas y toucher ou  le redresser. Non ! - On ne met pas ses mains pleines de microbes sur le Sacré Cœur de Jésus ramené par sa grand mère d’un de ses nombreux pèlerinages !

 

A chaque fois, je reste plusieurs minutes à le regarder, pieds nus sur le carrelage, sans bouger, sans même cligner des yeux. C’est quelqu’un le Sacré Cœur !

 

On le voit de la tête aux pieds, en majesté, comme dirait ma grand mère. Il a une robe rouge. Une robe ? Ce doit être une chasuble, une robe de curé. Ce qui m’impressionne le plus c’est son cœur, sorti de la poitrine. Un cœur qui me paraît immense, un cœur saignant avec une belle croix jaune plantée au sommet. Mais ça n’a pas l’air de lui faire mal, au Sacré Cœur. Son visage est impassible. Il a de longs cheveux bouclés, comme mon papa quand il était jeune. De la barbe partout. Et surtout, des yeux qui n’arrêtent pas de me fixer, comme pour dire : « T’as vu ce que tu m’as fait, t’as vu mon cœur qui saigne pour toi, à cause de toi. »

 

Moi je ne sais pas ce que je lui ai fait au Sacré Cœur. Alors je me sauve en claquant la porte. J’entends le cadre qui frappe plusieurs fois la cloison en bois ; il ne tombe pas. Quand j’arrive dans la cuisine, ma grand mère m’accueille d’un large sourire en me demandant : « Tu as bien dormi mon petit cœur ? ». Et chaque matin, je lui rends son sourire en faisant oui avec la tête (mais pas avec le cœur !).

 

 ©Gabriel Arnaud

mardi, 02 octobre 2007

Une photo...

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Une photo, jaunie, déchirée dans un coin.

Je ne me reconnaîs pas et pourtant, je suis bien là, appuyé sur la table d’orientation, heureux d’être monté en haut de cette colline

entouré par tous les autres

et leurs sourires

les autres, que je n'ai jamais revu.

 

©Gabriel Arnaud

mardi, 18 septembre 2007

Saint Joseph

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J'avais douze ans

dans cet immense dortoir

il fallait dormir

avec les mains sur les draps

et je ne savais pas pourquoi.

 

©Gabriel Arnaud

lundi, 17 septembre 2007

Moi, ma maman

Qu’est-ce qu’elle a maman ?

Encore à baisser la tête.

Toujours.

Faut pas que je fasse de bruit      avec      mes      pieds.

Léger.

Léger comme le petit oiseau blanc      blanc.

Oh ! le chien. Il m’a entendu, lui, il entend bien.

Allez, maman, avance. Encore un pas. Le droit. Le gauche. Le droit, c’est quoi déjà ? C’est lui ? Ou lui ? Ma main droite, j’écris avec. Pied droit, main droite, même côté.

Elle n’a pas vu les fleurs, maman.

Je vais en prendre une ; deux ; trois.

Trois belles fleurs blanches. Pour le vase. Sur la table. Maman les mettra dedans. Au milieu de la table. Le vase avec les fleurs blanches. Derrière mon dos. Elle ne les verra pas. Surprise.

En arrivant je lui dirai tiens maman les belles fleurs blanches pour toi il faut les mettre dans le vase au milieu de la table.

Elles penchent la tête. Comme maman.

Pourquoi ? Toujours, maman elle baisse la tête.

Et toujours le silence. Dans sa robe noire. Elle n’a pas d’autres robes ?

Pas faire de bruit        quand on est triste.

Faut pas sauter.

Faut pas danser.        Faut pas      sauter.

Faut      pas      danser.

Hop !

Sur un pied.

 

Hop !      Sur l’autre pied.

Et attraper le bout de la branche.

Le bout      de la      branche.

 

Hop !     Attrapé !

 

Oh ! J’ai sauté. Pas fait exprès. Maman ! Maman !

Pas te retourner. Pas faire les gros yeux comme l’autre fois et j’ai pleuré dans le noir toute seule. Non ! Maman.

 

Ouf !

Pas entendue.

Je vais continuer à avancer. Baisser la tête.

 

Comme toi. Pas faire de bruit          avec            mes              pieds                     

pas faire de bruit                  

           avec                         

                mes

 

©Gabriel Arnaud

samedi, 15 septembre 2007

Thouars

Dimanche matin, un vieil homme sur le bord de la route; on ne voit que lui puisque les voitures sont arrêtées devant un feu rouge. Il semble connaître parfaitement cet endroit tout près de la ville où les maisons se lotissent en rangs serrés entre deux déviations pour poids lourds.

Ce petit homme avec une cane ne voit pas les véhicules, il ne regarde que les objets balancés par les passants sur le bas côté et dans le fossé. Il retourne un papier du bout de sa cane en prenant appui sur sa chaussure gauche, puis il le repousse, continue sa tranquille avancée, s'arrête de nouveau, se penche, examine de près ce qui est inscrit sur un morceau de carton puis le repose.

Tous les passagers des voitures l'observent d'un œil amusé, presque tendre. Il ne les voit pas; il a encore beaucoup à faire.

Nous n'en saurons pas plus car le feu passe au vert. Il nous faut abandonner ce vieil homme et sa merveilleuse part de mystère.

 

©Gabriel Arnaud

lundi, 10 septembre 2007

Aire d’autoroute, Béziers,12h40.

Nous pique niquons sur une table en béton. Elle n’est pas sale (c’est étonnant). Une voiture s’arrête à côté de la notre. Une Nevada break, pleine à craquer. La vitre arrière est complètement bouchée. Un homme, une femme et trois enfants sortent du véhicule.

- Et la chienne ?

C’est l’homme qui a parlé.

Un enfant ouvre une portière, un labrador descend. L’homme va se chercher un café. Les trois enfants s’amusent et se poursuivent parmi les chênes verts. La femme tient le labrador en laisse. Elle s’ennuie autant que le chien.

 

Une femme et sa fille (est-ce vraiment sa fille ? ou sa petite fille ? rien n’est sûr) s’approchent de notre table.

- Pouvons nous nous installer à côté de vous ?

- Pas de problème, on a presque fini.

- On ne veut pas vous chasser.

- Mais non, allez y.

 

Un chat noir et blanc rôde autour des tables. Il a du être abandonné depuis un moment dans cet endroit car les enfants eux-mêmes ne peuvent pas l’approcher.

 

L’homme revient. Il termine son café. Dans un instant ils vont repartir. Nous aussi.

 

©Gabriel Arnaud

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