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samedi, 30 juin 2007

Hommage à Thierry Metz

Voici un texte écrit par Thierry Piet, en hommage à Thierry Metz. Ce texte figure dans le recueil "Les jours sans bagages", publié par Echo optique en 2004.

 

Tu l'as voulu ainsi
ou peut-être pas

tu es parti

l'aile qui attise
le dormeur
est passée

Le morceau de pain
près de l'assiette
ne gardera pas longtemps
son odeur d'enfant

Le livre est jeté
dans la maison
où la vie
ne s'écrira plus

Les oiseaux sont perdus
dans les branches
où la lumière
a disparu

Es-tu
où le mot
est une chambre?

Trop petit et lourd
le jour

seul contre son âme
un homme
ne pèse pas
lourd

Thierry Piet

vendredi, 29 juin 2007

Thierry Metz (7)

Je me suis réveillé vers quatre heures du matin. Mais ici je n'en suis toujours qu'au matin, qu'au début.

Dans le long couloir j'ai croisé René à qui j'ai serré la main. On n'a rien dit. Chacun est allé dans sa direction jusqu'au petit jour. Sans entrer nulle part..

 

Thierry Metz – L'homme qui penche

 

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jeudi, 28 juin 2007

Thierry Metz (6)

Je ne sais pas si ma place est ici. Ni ailleurs. Avec parfois quelque chose d'autre qui m'entraine à écrire. Les gens ont souvent les yeux et les oreilles inversées ou sans existence. Ce que je vois n'est jamais complet. Silence et mots sont nos bûchers.

 

Thierry Metz – L'homme qui penche

 

 

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mercredi, 27 juin 2007

Thierry Metz (5)

Dans l'enfermement de ce que fait un homme, il y a ce qui se rapproche de lui, à petits pas, chaque jour. D'abord une respiration, puis un visage qui l'en fera sortir.

 

Thierry Metz – L'homme qui penche

 

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mardi, 26 juin 2007

Thierry Metz (4)

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L'homme qui penche se penche pour écrire, pour retenir, peut-être, ce qui était plus penché que lui. Il y a les bruits que fait quelqu'un dans mon oreille. Et quelque chose qu'on a laissé tomber.

 

Thierry Metz – L'homme qui penche

 

lundi, 25 juin 2007

Thierry Metz (3)

Je n'arrive pas à leur parler. Pas entièrement comme je voudrais. Je laisse les mots – arrivés mais cachés, en retrait de l'enterrement.

J'effleure ce que j'écris comme après une longue journée de travail.

Chaque mot m'essouffle.

 

Thierry Metz – L'homme qui penche

 

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dimanche, 24 juin 2007

Thierry Metz (2)

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Un homme marche dans les feuilles non loin du pavillon. Il se déplace si lentement, avec tant de précautions qu'il ne s'aperçoit pas qu'un arbre le suit.

 

Thierry Metz – L'homme qui penche

 

samedi, 23 juin 2007

Poètes contemporains : Thierry Metz (1)

C'est l'alcool. Je suis là pour me sevrer, redevenir un homme d'eau et de thé. J'envisage les jours qui viennent avec tranquillité, de loin, mais attentif. Je dois tuer quelqu'un en moi, même si je ne sais pas trop comment m'y prendre. Toute la question ici est de ne pas perdre le fil. De le lier à ce que l'on est, à ce que je suis, écrivant.

 

Thierry Metz – L'homme qui penche

 

baa77d95f3af2966410834b98a494f05.jpgThierry Metz naquit en 1956. Il vécut dans le Lot –et-Garonne, fut manœuvre, maçon puis ouvrier agricole. Il habita par la suite à Bordeaux où il se suicida en 1997. Il a écrit :

Sur la table inventée (Jacques Brémond)

Le journal d'un manœuvre (Gallimard)

Entre l'eau et la feuille (Arfuyen)

Lettres à la bien-aimée (Gallimard)

Dans les branches (Opales)

De l'un à l'autre (Jacques Brémond)

L'homme qui penche (Opales)

Terre (Opales)

Dialogue avec Suso (Opales)

Sur un poème de Paul Celan (Jacques Brémond)

Je vous propose de passer une semaine en compagnie de "L'homme qui penche" 

vendredi, 22 juin 2007

Saorge, restaurant panoramique, 13h15

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La salle est presque pleine. Derrière nous, un couple de grands parents et leur petite fille. C’est le début du repas, les conversations sont discrètes, feutrées. La nourriture est excellente, le paysage est grandiose.

Et brusquement :

- Toi, tu t’appelles comment ?

Le grand père vient de se réveiller, l’apéritif et les verres de vin commencent à faire leur effet. Sa voix enfle et il se met à poser des tas de questions à sa petite fille à propos de tous les membres de la famille : Et ton père, il s’appelle comment ? Et ta mère elle s’appelle comment ? Et ta marraine elle s’appelle comment ? Non, celle là ce n’est pas ta marraine, c’est ta tante. Et tes mamys elles s’appellent comment ? Celle-ci là, elle s’appelle... Oui regarde, elle, la plus belle, elle s’appelle comment ? Et moi je m’appelle comment ? Et ton copain il s’appelle comment ? Oui, tu en as deux mamys. T’en as combien de poules ? Et de sœurs t’en as combien ?

Je me mets debout, pour aller aux toilettes mais surtout pour observer cette étrange tablée. Oui, c’est certain, le grand père a picolé. Il est enfoncé dans sa chaise, les yeux un peu vitreux. Il continue à  poser ses questions, sans doute parce qu’il n’a plus rien dans son assiette, ni dans son verre.

La petite fille, en face, se tient très droite. Elle a des frites et elle va avoir une glace. C’est la princesse de ses grands parents. Alors, les questions, finalement elle n’en a rien à faire. Elle a tout pouvoir sur eux, le pouvoir de l’innocence.

 

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Peinture Maurice Denis

 

 

jeudi, 21 juin 2007

... / . . . . . .

 

Quelqu’un s’arrête

devant tout ce qui disparaît

il n’en peut plus de défaire les trottoirs

il a peur de ce qui est grand et silencieux.

 

Quelqu’un

la nuit

et ses lourdes semelles.

 

.

 

 

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(Dubuffet)

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