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jeudi, 31 mai 2007
(entre nous)
Avant que la grande marée du sommeil
emporte notre émoi
la parole se faufile
se couche et se niche
à nos pieds ensablés
la chienne !
Vaste et profonde
la nuit
sans plume
égoutte nos pensées
tranche sans mots dire
de grandes tartines de silence.
Et
de ses grands yeux de cratère
la lune
écharpe sur les épaules
se nourrit de l’océan
resplendit sur les bateaux et les écueils
dans l’immense ronronnement
des vagues.
Une nuée
qu’importe !
on a gardé l’émeraude de la mer
comme un baiser sur les paupières
Par nos fenêtres entrouvertes
il pleut les cordes d’un piano.
Lune
cette nuit
j’entre dans ton ombre.

Peinture :C. D. Friedrich
08:55 Publié dans Poèmes | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : poésie, écriture
mercredi, 30 mai 2007
Au commencement
Au commencement était la chair
mâle et femelle
sensuelle
sans état d’âme charcutière
une chair bidoche
goûteuse et tendre
plantureuse, rebondie
douce et fraîche
saine et sanguine
opulente
bien mélangeante et caressante.
Est venu le verbe
du haut de sa superbe
verbe d’action
ou d’omission
coupant
blessant
tenant le glaive
tranchant le moindre rêve.
La chair a pris son baluchon
a reculé devant le verbe.
L’homme s’est fait flamme.
La chair est devenue
chair à saucisse
chair à canon;
et le chant se fit prière
la sueur devint suaire.
Alors
un vent barbare et maléfique
le vent des orgasmes interdits
a dispersé les arcs en ciel
sur des sentiers gris et monotones
incompréhensibles.

06:40 Publié dans Poèmes | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note | Tags : poésie, écriture
mardi, 29 mai 2007
L'enfant
L’église est fermée
l’enfant n’est pas assez grand
pour atteindre la poignée
ni assez fort pour pousser
le lourd battant de chêne
et pourtant
lorsqu’il approche
la porte s’ouvre
lentement
sans le moindre grincement
pieds nus sur le granit
l’enfant avance de quelques pas
dans ce trop-plein de silence
et de lumière usée
puis il s’arrête
entre les pierres des mots sont accrochés
il n’ose piétiner toutes ces paroles
entassées
alors l’œil abandonne
l’enfant ne marche plus
il vole
avec la certitude qu’a l’hirondelle
de ne jamais retrouver la terre
il vole et se croit libre
l’enfant
n’entend pas la lourde porte se refermer
il continue
et continuera de voler
loin de son corps.
Est-ce cela l’éternité ?

00:35 Publié dans Poèmes | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : poésie, écriture
lundi, 28 mai 2007
Pot (échappement)

Et dire que
il paraît que
on ne peut pas refuser
je pense à tous ceux qui
à tous ceux qu’on
à tous ces cons qui
nous ont quitté
et qui ont bien fait
bien fait pour eux
bienfait pour nous
pour aller où
on s’en fout
c’est fou comme ça passe le temps
c’est fou comme c’est fou
ça passe
et on se retrouve au bout de l’impasse
et on rue
on gesticule
cul par dessus tête à la recherche du temps perdu
bientôt on sera tous mouru
presque bientôt
dessous la terre à boire des vers
faut pas s’en faire
encore un verre
à la santé de la retraitée
un coup de blanc, un coup de rosé
et on oublie tous les déboires
toutes les colères
rentrées.
00:55 Publié dans Juste pour rire | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : poésie, écriture
dimanche, 27 mai 2007
Dans les églises
Dans la noire solitude des églises
à la lueur tremblante d’un cierge
tu cherches une trace
tu soupires
la flamme tremblote
tu vacilles.

Qu’on se le dise
dans les églises
la moindre bise
vous paralyse
vous glace le sang
le sang des vierges effarouchées
baissant les yeux sur leurs chaussettes
immaculées
le sang des vieilles toutes retournées
baissant leurs yeux sur leurs chaussettes
tricotées mains
devant le Christ en petite culotte
pure laine peignée
tricotée mains
tripotée mains
Seigneur Jésus,
pardonnez-leur toutes ces pensées
impures
qui les triturent
jusqu’aux tréfonds.
Dans les églises
qu’on se le dise
il faut ramper
et se baigner
dans les bas fonds baptismaux
baisser la tête
baiser les pieds.
Regarde en bas
empreintes de pieds,
empreintes de poids
mais pas de traces sous tes pas.

Dans les églises,
c’est la lumière le grand mystère.
Lève les yeux
baptême du feu
feu d’artifice entre les pierres.
Regarde en l’air
tu les verras les traces d’émoi
les traces folles qui s’envolent
des absidioles
qui chantent et dansent au chœur des nefs
vaisseaux fantômes de ton enfance
renversée.
00:25 Publié dans Poèmes | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : poésie, écriture
vendredi, 25 mai 2007
Poètes contemporains : Daniel Biga
Il a neigé jusqu'aux portes de la ville
jusqu'à la naissance de la mer
quelque ébauche de joie de paix de ferveur même
s'est alors infiltrée jusqu'au coeur
du plus épais parmi les hommes
sur la noirceur le tintamarre la crasse le plomb
avec son poids léger son silence son calme
presque un jour durant la neige a tenu bon
ainsi parfois la neige arrive-t-elle aux portes de la ville
quand le monde est en danger
"Le poète ne cotise pas à la sécurité sociale"
Le Castor astral/Ecrits des forges

08:40 Publié dans Poèmes | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : poésie, écriture
jeudi, 24 mai 2007
Poètes contemporains : Isabelle Pinçon
Quand je choisis le moment le plus beau, c’est toujours un homme. Quand je choisis le moment le plus dur, c’est toujours un homme. Entre le moment le plus beau et le moment le plus dur curieusement l’homme va et vient.
Deux corps qui se touchent sont un même mot roulé en boule au pied d’une seule page. C’est pour vous dire les petites choses sur mon ventre vigoureuses rebondissantes, heureuses d’avoir plongé dans mon sexe, turbulentes incandescentes combien vous êtes présent.
Ce petit poème oui qu’on attache à une ficelle, qui traîne derrière soi sur des roulettes pas très parallèles, ce petit poème oui pas bien haut un peu bancal, sa tête qui grince qui dodeline, ce petit poème oui qui ne s’aperçoit pas que l’enfant devant a grandi tellement tellement depuis.
Lhommequicompte, journal un peu vrai, Cheyne
![]()
00:15 Publié dans Poèmes | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : poésie, écriture
mercredi, 23 mai 2007
Poètes contemporains : Florence Pazzottu
Attendu qu’il arrive…
attendu que le corps
pense sans réfléchir
en avant de son pas
jusqu’au trou le plus bas
cet en-soi plus que soi
la danse de l’encore
je dis fondé l’éclair
éclairant l’air froissé
de vos lèvres disant
l’inconnu de l’élan
d’amour l’insaisissable
sens qui jamais déjà
n’est donné mais viendra
L’Inadéquat (le lancer crée le dé)
Flammarion
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mardi, 22 mai 2007
Poètes contemporains : William Cliff
la pluie tombait très droite dans la nuit perdue
rectiligne la pluie tombait sur le pavé
la pluie sans arrêt tombait du ciel sur la rue
rendue luisante de cette eau du ciel tombée
la pluie n’arrêtait pas dans la nuit solitaire
la pluie continuait de verser ses eaux droites
dans les rêves gluants de l’homme sur la terre
arrêté sous l’auvent d’une boutique étroite
la pluie très verticale tombait sans arrêt
et l’homme sous l’auvent se tenait comme un lièvre
en regardant longtemps cette pluie qui tombait
sur le pavé luisant de la rue solitaire
soudain il s’encourut dans la pluie moins féroce
par lassitude de rester sous cet abri
il courait dans l’eau qui sur le pavé ricoche
par ennui de rester à l’abri de la pluie
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00:40 Publié dans Poèmes | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : poésie, écriture
lundi, 21 mai 2007
Poètes contemporains : Valérie Rouzeau
Je pense aux personnes merveilleuses de ma vie je pense à vous mes amis vous mes inconnus innombrables je pense à Robert Desnos dont les yeux étaient des perles je pense à Rimbaud le jeune homme vert qui rougissait jusqu'aux oreilles je pense à d'Aubigné couché avec ses pistolets
Je pense aux personnes à merveille dans ma vie mes frères loin mes potes en allés mes jamais rencontrés je pense au cœur de ma mère solitaire je pense sur la tête de mon père je pense à mes aïeux en rangs d'oignons dessous la terre je pense à ma grand-mère sempiternelle qui avait le blues toujours dans sa vieille blouse
Je pense aux personnes de merveilleuses à vie je pense à leurs coups de mains je pense à leurs coups de pieds au soleil cou coupé et à baise m'encore je pense à leurs coups de reins je pense à leurs coups de dés
Je pense aux personnes qui me merveillent la vie d'hier à aujourd'hui et jusqu'au lendemain la merveille de leurs voix de leurs rires et chagrins je pense à eux longtemps je pense à eux très vite je pense à elles aussi je pense partout à lui
Je pense aux personnes dans ma vie merveilleusement je pense merveilleusement aux personnes de ma vie car je n'oublie personne personne et pas même moi je pense à tout le monde et m'y trouve comprise je pense à moi qui pense à vous et à merveille
"Va où" - Letemps qu’il fait
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00:20 Publié dans Poèmes | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : poésie, écriture

















